L'effet mère, être maman après avoir vécu des fausses couches

On a beau être au cœur de la nuit, toute la maison est endormie. Alice dort paisiblement, la joue contre mon sein, comme à son habitude. Je reste éveillée car j’ai de nouveau fait un rêve, un cauchemar. J’en fais tellement qu’ils viennent me hanter même quand je suis réveillée.

Depuis qu’Alice est née, je nage dans une joyeuse brume d’amour et de douceur

L'effet mère, être maman après avoir vécu des fausses couches

Elle est mon tout, je suis le siens. 

Sa petite main parcourt mon visage. Elle se réveille à peine, me vois, me souris et se rendors. 

La seule ombre sur le tableau, celle qui me glace le sang au beau milieu de la nuit, c’est la peur. Cette peur qui ne me quitte plus. 

Cette peur d’être séparée de ses magnifiques yeux bleus.

Je suis habitée par la peur de la perdre. 

La peur qu’elle me perde.

La peur qu’on soit séparée, une minute, une heure, une journée de trop.

Je la regarde et je pense à mes autres grossesses. A ses frères et sœurs. Lui auraient ils ressemblés ? 

Alice, ce n’est pas mon premier enfant. 

Elle est mon 4e

Et c’est pourtant la seule que j’ai porté 9 mois, la seule que j’ai tenue dans mes bras. 

La seule que j’ai bercée, nourris. 

Elle est mon unique quatrième.

L'effet mère, être maman après avoir vécu des fausses couches

Est-ce à cause de cette place qu’elle et moi ne faisons qu’un ? 

De nos doigts qui s’entremêlent, à nos regards qui sourient sans un mot prononcé, nos secrets de mère et fille, notre insatiable besoin d’être l’une avec l’autre, autant que possible, de jour comme de nuit. 

Elle et moi, moi et elle, c’est des moments de complicité inégalés, un bonheur inconditionnel et inqualifiable, assez dévorant pour moi, c’est aimer au point de renoncer à une possible carrière dans l’enseignement, renoncer à mon bac+5, à mes années d’Hypokhâgne et de Khâgne pour être juste mère, une maman, sa maman.

Etre là à chaque seconde de sa vie car toutes les parcelles de mon cœur ne jurent que par elle.

Parce que même à 4h de matin, je suis heureuse de me réveiller pour elle. 

Parce que quand elle pleure, je suis la seule à pouvoir la consoler, parce que je suis la seule à savoir ce qui la fait le plus rire.

La seule à connaitre sa berceuse préférée par cœur. 

La seule à déchiffrer ses pleurs, ses babillement, ses regards, ses silences et ses cris.

Et lorsqu’il m’arrive de vaciller, d’en avoir assez, d’être débordée, ce sentiment me rattrape. 

Celui qui me rappelle que tout peut finir brutalement, que tout a une fin et que chaque seconde est unique. 

Qu’on ne peut jamais passer trop de temps avec nos enfants. 

Que j’aurais voulu en passer plus avec ma mère, avec mon père, avec ces enfants que je ne connaitrais jamais. 

Que l’enfance c’est sacré.

Je suis sinistre, dure avec moi-même, je m'impose une surveillancesans relache. 

Parce que dès que ma fille dort trop longtemps, je l’imagine morte. 

 

Parce que je suis terrorisée à l’idée qu’elle arrête de respirer comme elle l’a déjà fait à ses 6 semaines. 

Parce que j’ai peur qu’il m’arrive quelque chose et qu’elle grandisse sans moi.

Parce que je suis hantée par ses grossesses interrompues. 

Par ces vies qui ont changées d’avis. 

Par ce bonheur et ces rêves avortés. 

Grâce à elles, je vis chaque instant avec ma fille avec délectation.

A cause d’elles, je ne vis que pour ma fille. Je suis une mère à corps perdu.

Alors je me raisonne, je parle, j’écoute, je découvre, je questionne, je remets en cause, je partage et j’apprends.

J’apprends à accepter de ne pas être une mère parfaite.

A laisser pleurer ma fille parce qu’il est nécessaire qu’elle apprenne à s’endormir sans moi, qu’elle soit confronter à l’abandon (a dit la dame assise derrière son bureau.) 

J’apprends à vivre sans elle malgré le fait qu’elle me semble indispensable à ma vie. 

J’apprends à être aussi heureuse en faisant d’autre chose que lui cuisiner des petits plats. J’apprends à marcher dans la rue sans la porter contre moi dans mon écharpe de portage. J’apprends à dormir sans elle. 

J’apprends encore plus fort qu’elle.

 Et surtout, j’apprends à déléguer.

Une grossesse après une fausse couche, ou plusieurs, c’est dévorant et terrifiant. C’est être en apnée pendant 9 mois. Fermer les yeux le plus fort possible et prier jusqu’à la prochaine écho, ou prochain rendez-vous que tout ira bien. C’est supplier le ciel, la terre et l’univers que l’accouchement se passe sans souci. C’est mendier à toutes les divinités un enfant en bonne santé.

Etre mère après plusieurs fausses couches et une grossesse difficile, c’est apprendre à vivre avec l’idée et la conscience que la vie prend fin. Que c’est même le sens et le but de la vie. C’est savoir que notre enfant, notre bébé, l’amour de notre vie va mourir un jour ou l’autre. Et que nous, nous allons le laisser à un moment ou un autre.

Je sais que certaine personnes peuvent vivre « normalement » avec cette idée, certaines me répondront d’un air détaché qu’il faut bien s’y faire, qu’on ne fait pas des enfants pour soi. Et autres tartines de baratin sermonneur.

L'effet mère, être maman après avoir vécu des fausses couches

Mais voilà, moi, je voudrais qu’il n’arrive jamais rien à ma fille, je voudrais qu’elle puisse vivre dans le bonheur et la douceur, au milieu des imprimés liberty, des cupcakes à paillettes et des poneys joyeux. Qu’elle ne connaisse ni la souffrance, la maladie, la douleur, le désespoir, l’abandon ni même la mort.

Lancez-moi la pierre. Mais rassurez-vous je me soigne. 

Rassurez-vous aussi, je sais que rien ne l’épargnera.

Mais si on pouvait attendre encore un peu… un tout petit peu, car dehors le jour se lève et la douceur de la nuit sera bientôt évanouie. 

Lo.

Vanessa Mère Débordée 14/02/2016 12:30

Comme tes mots me touchent. Mon ainé est aussi mon 4eme. Puis il a eu une soeur et un frère. Et depuis, deux anges ont rejoint la fratrie qui n'existe que pour moi.
Je suis en train de faire une seconde fausse couche en ce moment même.
Les gens ne comprennent pas la place que prennent ces enfants qui n'ont pas vécus.
Je déteste devoir dire "j'ai 3 enfants" alors que j'aimerais crier que j'ai été 8 fois maman. 8 fois ! 3 enfants mais 5 enfants de plus qui ont une place entière dans ma vie et dans mon coeur.
Et ça me désole d'être la seule à leur faire cette place, à ne pas les nier, les oublier....

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